"Méditation, psychothérapie et développement intérieur" par le Dr Jacques Vigne

Une fois n'est pas coutume, c'est à Jacques Vigne, un spécialiste de la méditation hindouiste, de la transe profonde et de la psychologie transpersonnelle que je laisse la parole dans ces colonnes du blog "Psychologie et Méditation". En chiasme parfait avec ce titre, son dernier ouvrage "Soigner son âme" (Albin Michel, 2007) est sous-titré "Méditation et Psychologie". Il y développe nombre d'idées fort intéressantes pour notre sujet.
Le Dr Jacques Vigne a reçu une formation de psychiatre à Paris. Il est ensuite
parti en Inde dans le cadre de la bourse de recherche Romain Rolland, allouée à
trois ou quatre chercheurs chaque année pour des sujets d'étude permettant une
meilleure rencontre entre l'lnde et la France, puis avec le soutien de la
Maison des Sciences de l'Homme. Il vit depuis dix ans en Inde, où il écrit et
suit une formation traditionnelle dans la voie du Yoga et du Védanta. Ses
livres sont traduits ou en cours de traduction dans plusieurs langues et sont
en passe de devenir des classiques en matière de psychologie et de
psychothérapie transpersonnelle. Voici comment il explique son approche :
? ?
Méditation, psychothérapie et développement intérieur
La thérapie la plus naturelle de l'esprit, c'est la méditation. Encore faut-il
être capable de se l'appliquer à soi-même, ou trouver quelqu'un qui puisse nous
aider à la pratiquer. Nous allons envisager différents aspects de cette
question.
La médecine traditionnelle de l'Inde s'appelle l'Ayur-Véda. On y trouve une
classification des troubles psychiatriques qui correspond à notre distinction
entre psychose et névrose, et des idées de traitement médicamenteux par des
herbes, la Réserpia par exemple, pour des états d'excitation. La thérapie par
la parole est aussi abordée. Les guérisseurs traditionnels sont très actifs; 80
% des indiens ont été les voir au moins une fois dans leur vie . Ils peuvent
pratiquer des rituels pour le malade, et l'amener dans un temple de guérison où
il rentrera en transe. Ces traitements sont de courte durée, pour faire passer
une crise. Si le sujet veut s'explorer plus à fond, qu'il en a à la fois la motivation
et la capacité, il ira voir un g(o)ur(o)u, qui lui conseillera des pratiques,
qui, chez des jeunes ou des sujets au mental agité, sont davantage orientées
vers le service à rendre à la communauté plutôt que vers la recherche d'une
méditation intensive.
La question du choix du g(o)ur(o)u est des plus importantes, car il sera
l'objet d'un transfert majeur, pour employer le vocabulaire de la psychologie;
à cause de cela, le véritable g(o)ur(o)u traditionnel a beaucoup plus de
devoirs que de droits envers le disciple. Il se doit en particulier de mener
une vie pure et d'être détaché des biens matériels, critère qui rentre parfois
en conflit avec des institutions à l'assiette financière bien établie. On peut
dire que le g(o)ur(o)u traditionnel est l'archétype de celui qui aide; en cela
on peut tirer profit d'un rapprochement avec le thérapeute. C'est ce sujet que
j'ai traité dans mon premier ouvrage" Le Maître et le thérapeute ".
Devant la multiplication des écoles de psychothérapie et des groupes spirituels
indépendants, la question se pose pour le public de savoir qui peut aider, à
quel niveau et dans quelles conditions. Sur ce sujet-là, nous avons beaucoup à
apprendre du pluralisme de l'hindouisme, qui a toujours connu une multiplicité
d'écoles et d'idées sur l'esprit sans que cela nuise pour autant à sa vitalité.
J'ai abordé dans mon second ouvrage « Eléments de psychologie spirituelle », la
façon dont certains syndromes de psychopathologie peuvent être compris dans une
perspective spirituelle ouverte. Par exemple, la dépression avec son
immobilité, son détachement des objets antérieurs d'investissement habituel
peut être le point de départ d'un retour à soi méditatif, pour autant que le
patient puisse arriver à considérer positivement l'irruption dépressive:
celle-ci est, au début, une sorte de coup de force du corps qui ne veut plus
disperser son énergie à l'extérieur et qui fait en sorte de rester plus à
l'intérieur. C'est là que l'habileté d'un thérapeute accoutumé aux questions
spirituelles pourra constituer une grande aide. Je discute de cette façon
d'autres symptômes de la dépression, ainsi que ceux de la schizophrénie et de
la régression. Je remets en question la notion de normalité. La véritable
normalité du point de vue spirituel n'est pas statique, mais évolutive. Une
personnalité vraiment saine doit être capable de se dépasser elle-même, de
transcender ses limites pour pouvoir faire l'expérience de l'unité fondamentale
avec tous les êtres dans leur variété. C'est ce qu'enseigne l'Orient répétitivement,
et en fait la tradition chrétienne également, pour peu qu'on la connaisse. Dans
la seconde partie d' "Eléments de psychologie spirituelle", je
cherche à comprendre pourquoi la notion de maître spirituel si courante en
orient ne s'est guère développée dans le Christianisme; il semble que ce soit
principalement parce qu'il s'agit d'une notion en concurrence avec le pouvoir
d'une hiérarchie centralisée. J'y aborde aussi la notion du sens du corps et de
la souffrance, thème que j'étudie à nouveau, dans les pratiques spirituelles
chrétiennes (les Pères du désert) et hindoues (Ie Yoga) à l'occasion d'un écrit
postérieur.
Méditation et psychologie
Dans mon troisième livre " Méditation et psychologie " paru
récemment, j'essaie de préciser ce qu'est l'approche méditative: ni
introspection verbale, ni analyse, mais présence intuitive aux messages du
corps à chaque instant et essai, par la pacification et la compréhension du
lien corps-mental, de percevoir une conscience stable en-dessous du brouillage
continu qu'apportent les pensées et les sensations automatiques. Il y a de
nombreuses études qui ont été faites sur la méditation: Walsh et Shapiro en ont
publié une cinquantaine qu'ils estimaient particulièrement significatives et
citent 700 articles ou études sur le sujet, il y a de cela déjà dix ans. J'ai
lu que le nombre de thèses et de mémoires aux Etats-Unis portant sur la
méditation était d'environ 4000 il y a plusieurs années. Le « Journal of
Transpersonal Psychology » fait connaître ce genre de travaux à un public
répandu dans le monde entier. Le rapport entre méditation et psychothérapie a
été étudié en France par deux associations, dont l'une a publié récemment un
ouvrage de ce titre où j'ai moi-même contribué. Il s'agit des actes du premier
congrès de l'association en 1994.
Dans " Méditation et Psychologie ", je pars du corps et je vais vers
la pure conscience en essayant d'envisager chacun des grands chapitres de
l'ensemble corps-esprit du point de vue de la méditation: I'énergie vitale, le
sommeil et les états de conscience modifiés, le rapport entre méditation et
action, l'ego, les émotions, I'imaginaire, sans oublier l'attention qui est, si
l'on peut dire, à la méditation ce que le bistouri est à la chirurgie ou les
mains au massage. Je me suis intéressé au rapport entre drogues et expériences
méditatives. J'ai fait une expérience simple, consistant à prendre, à la fin d'
une retraite de cinq mois où j' avais medité entre six et huit heures par jour,
50 mg de chlorhydrate de Naltrexone, inhibiteur bien connu de la
bêta-endorphine. Environ quatre-vingt pour cent des effets de ma méditation ont
été inhibé: je n'avais plus d'appétit pour faire attention, pour observer le
mental, et une indifférence globale. Le Valium ou l'Haldol, pris pour comparer,
n'avaient que peu d'effets inhibiteurs sur la méditation. Cette expérience,
confirmée a priori par un contrôle sur un petit groupe de méditants mais qui
demande à être reprise avec un échantillon plus important, suggère que la
bêta-endorphine est un maillon important dans l'expérience méditative, et dans
le mécanisme de l'attention au sens large. Ceci ne veut pas dire que quelqu'un
qui prendrait des endorphines deviendrait Ull grand méditant automatiquement;
le plus important en méditation est le processus de conscience qui permet
d'arriver à un état, et l'interprétation qu'on en fait: pour dire autrement,
au-delà des état de conscience il faut rechercher la Conscience des états, qui
n'est autre que le Soi auquel revient constamment le Védanta.
J'en suis venu à la conclusion que quelle que soit la voie d'approche,
relaxation, sophrologie, hypnose classique ou erichsonnienne, il y a un état
profond commun qui est thérapeutique. Il permet une communication facile entre
l'inconscient et le conscient, ainsi qu'entre le corps et l'esprit. ? ?
Mécanisme d'action thérapeutique de la transe profonde
Il y a des mécanismes d'action similaires entre la transe profonde, état commun
à diverses formes de thérapies, et la méditation. On se souvient mieux
d'événements survenus dans un état triste quand on est de nouveau triste. La
mémoire est liée à l'humeur. On a fait aussi des expériences de mémorisation en
état d'ivresse, ou sous amphétamines ou amobarbital. Les sujets devaient
reprendre la substance psychotrope pour pouvoir bien se souvenir de ce qu'ils
avaient mémorisé, dans le même état. Ceci est aussi valable pour les états
émotionnels, les postures corporelles (cf la mémoire du rêve qui revient quand
on reprend la posture où on l'a eu) ou la mémoire lice au lieu, voire à la
saison (pathologie saisonnière). On se sert de manière utile de ce
conditionnement lié à l'état quand on recommande de méditer au même endroit, à
peu près à la même heure et dans la même posture. Pour faciliter l'intégration
de la méditation à la vie quotidienne, on conseille aussi dans certaines écoles
bouddhistes, comme le Zen, de méditer les yeux ouverts. Ceci dit, cette loi de
la mémoire liée à l'état peut expliquer la difficulté pour les méditants de
faire passer les états qu'ils ont en méditation dans la vie quotidienne; il n'y
a pas de recette simple pour cela, c'est une question de maturation spirituelle
globale.
Venons-en maintenant aux mécanismes d'action principaux de la transe
profonde:
1. Faire face au symptôme
Il s'agit de voir ses craintes en face, et de développer une qualité
fondamentale pour le méditant, qui est tout simplement la non-peur. Conseiller
au patient d'aller dans le sens du symptôme jusqu'à un certain point a souvent
été qualifié « d'injonction paradoxale >>; mais le symptôme, en
apparaissant, veut nous dire quelque chose, et le paradoxe consiste plutôt dans
l'attitude habituelle qui est de vouloir le faire taire plutôt que de
l'écouter. Etre capable de s'approcher progressivement de la place ou de
l'attitude mentale douloureuse représente une qualité à la fois pour le patient
et le méditant. Cela n'est pas sans rappeler le mécanisme de base de
l'ostéopathie qui consiste, par les manipulations progressives, à revenir à la
position du traumatisme initial que le corps avait l'habitude de fuir par
réflexe, et de s'apercevoir qu'il ne se passe rien de douloureux. On pourrait
appeler cela « I'auto-ostéopathie mentale ».
On pourrait appeler également ce mécanisme de base « association-dissociation
»: par une chaîne d'associations mnémoniques, affectives, on revient à
l'épisode traumatique, et là, grâce à l'état de relaxation profonde, on
dissocie l'image traumatisante de l'émotion négative, de la tension qui y était
automatiquement associée pour les remplacer par la détente profonde. Beaucoup
de thérapies tombent d'accord sur ce mécanisme, chacune avec son vocabulaire
propre: en psychanalyse, on parlera de « suivre la résistance » « être le
miroir des distorsions du patient », etc... Dans le comportementalisme, on
évoquera l'implosion, la submersion du patient par le symptôme, le « stimulus à
satiété », I'immersion... En gestalt, on demandera au patient « d'accentuer ce
qu'il ressent » à la place de l'éviter, et dans les thérapies systémiques, on
parlera d'injonctions paradoxales, de prescrire le symptôme ou la rechute,
d'absence d'espoir déclarée, de double contrainte et enfin de paradoxe
thérapeutique.
La méditation permet d'aller dans le symptôme ou les zones d'ombres en
conseillant la non-peur comme qualité fondamentale, nous l'avons mentionné. Par
ailleurs, une compréhension profonde du fonctionnement mental par paires
d'opposés (dvandva) amène naturellement à accepter que le symptôme que nous
avons tendance à rejeter par une partie de nous-même a malgré tout quelque
chose à nous dire, et peut éventuellement nous suggérer une manière de s'en
sortir. En pratique, I'immobilité du méditant est un moyen réel pour faire
face, chaque petit mouvement correspondant à un début de fuite. Le fait de
méditer pour une durée donnée minimum à chaque séance et sur l'ensemble de la
journée évite aussi de se fuir soi-même en réduisant le temps de pratique. Une
méthode de Vipassana consiste à balayer chaque partie du corps l'une après
l'autre avec la conscience, et à s'arrêter devant les parties insensibles, «
aveugles », jusqu'à ce qu'elles deviennent sensibles. Cela permet d'ouvrir une
fenêtre sur l'inconscient par l'intermédiaire d'une sensation refoulée, qui, au
moment où elle réapparaît, nous montre pourquoi elle était refoulée. Enfin,
quand on lit la vie de yogi ou de sages, on voit que pendant leur sadhana, ils
avaient des épisodes de samadhi avec un arrêt respiratoire prolongé et
quasi-complet. N'est-ce pas là le moyen de plonger directement dans une peur
fondamentale, celle de l'étouffement et de la mort, et une fois qu'on est
dedans, apprendre à en sourire? Il semble de plus que l'hypoxie fasse secréter
à partir d'un certain point des hormones associées au bien-être (cortisol et
peut-être endorphines), ce qui faciliterait ce processus de désensibilisation
fondamentale, par ailleurs sans danger quand il survient spontanément durant la
méditation, puisque le corps finira toujours par reprendre une respiration
normale.
2. L'évaluation du symptôme
Cette méthode est corrélée à la première, dans la mesure où elle permet aussi
de faire face au symptôme: on demande au patient d'évaluer sur une échelle de 1
à 100 son symptôme, puis de voir comment il évolue pendant la transe profonde.
Ceci convainc le patient de l'impermanence de ses maux, car ils finissent
souvent par disparaître au moins quelques temps. En cela, cette méthode peut
être rapprochée de la méditation où, en observant les sensations, non seulement
douloureuses, mais agréables ou neutres, on réalise leur impermanence et on se
libère petit à petit de leur influence perturbante sur la base du mental.
3. Revenir aux ressources déjà présentes dans l'individu
Cette base thérapeutique est typiquement un fondement de la méditation aussi:
les ressources présentes en permanence au fond de nous-même correspondent au
Soi, au Divin, à l'au-delà des formes; peu importe le nom qui est donné.
4. La décompartimentation des fonctions mentales
Une des raisons de la souffrance intérieure, c'est le moyen de communication
entre les différentes fonctions mentales: verbalisation, imagerie, émotions,
sensations. La thérapie vise clairement à faire passer l'information entre ces
différents plans; la méditation aussi. En pratique, le fait de revenir
régulièrement au corps alors que le mental s'en éloigne non moins régulièrement
pour se projeter dans le complexe habituel émotions-images-mots permet une
décompartimentation réelle entre ces niveaux.
5. La régénération ultradienne
Rossi insiste sur l'efficacité globale, non spécifique, de séances de repos
d'une vingtaine de minutes quand on le sent, pendant la journée. Il s'éloigne
ainsi d'un discours d'écoles psychothérapiques qui veulent paraître le plus
spécifiques possible pour avoir l'air le plus scientifiques possible également.
Ce rapport spécifique-scientifique en psychothérapie doit pouvoir être remis en
question. Une efficacité globale, du moment qu'elle est prouvée, est tout à
fait scientifique. De plus, derrière des déclarations de spécificité d'action
d'allure scientifique peuvent se cacher aussi des préoccupations commerciales:
"suivez ma méthode, vous aurez des résultats que vous n'aurez nulle part
ailleurs..." C'est l'intérêt de ce livre général sur méditation et
psychologie: montrer les types d'actions communs à diverses méthodes par
rapport à ce qui leur est réellement spécifique.
On donne souvent ce conseil aux débutants qui veulent faire des retraites, en
particulier chez les tibétains: faites des séances courtes de méditation, dès
que vous le sentez, ce qui peut revenir cinq ou dix fois par exemple pendant la
journée: sans doute des méditants font de la régénération ultradienne sans le
savoir...
6. L'abréaction émotionnelle
Les émotions sont une base du psychisme; elles ont leur place dans la thérapie
comme dans la méditation. Il ne s'agit pas d'être le jouet des émotions, mais
de savoir jouer avec elles. On peut distinguer trois types d'abréactions:
pathologique, thérapeutique et méditative.
- L'abréaction pathologique correspond à la crise hystérique, qui est très
théâtrale et peu thérapeutique; néanmoins certains ont remarqué qu'à l'époque
où l'on laissait s'exprimer ces crises, ainsi que les symptômes de conversion,
c'est-à-dire jusqu'au début du siècle, il y avait beaucoup moins de maladies
psychosomatiques. Ces dernières, contrairement à l'hystérie, peuvent être
mortelles.
- Les abréactions thérapeutiques surviennent pendant les séances: elles sont
efficaces, mais peuvent cependant être soupçonnées de théâtralisme par rapport
au thérapeute, que le patient veuille contenter celui-ci ou lui faire peur.
- Les abréactions méditatives: elles se passent en général à l'intérieur, bien
qu'elles puissent se manifester à l'extérieur aussi par ce qu'on appelle des «
kriyas ». Elles sont subtiles, mais réelles. Elles ont comme seul témoin le
Témoin, c'est-à-dire le Soi. L'énergie qu'elles libèrent durant la méditation
peut être directement orientée dans le sens de l'évolution spirituelle.
Que retenir de tout cela? Déjà, la nécessité de retrouver son propre rythme,
qui ne correspond pas à des caprices égoïstes, mais à la physiologie même de
l'organisme. Dans l'histoire du monachisme ancien, il y avait deux tendances:
ceux qui suivaient strictement les horaires communautaires, et puis d'autres,
souvent des ermites ou semi-ermites, qui suivaient leur propre rythme: on les appelait
des "idiorythmiques", et c'est plutôt de leur côté que vont mes
sympathies...
L'importance croissante donnée en psychologie à la mémoire liée à l'état
redécouvre trois fondements de la méditation: notre ego n'est pas une entité
stable, mais plutôt une mosaïque mouvante d'états différents; d'autre part, les
états mentaux varient d'instant en instant, selon les mémoires que fait
remonter l'état du moment; ils n'ont pas la continuité qu'on surimpose sur eux
de façon secondaire. Enfin, on peut remarquer que ce qui est libérateur dans la
thérapie ou dans la méditation, ce n'est pas tant la profondeur de la
"transe" que la qualité de la dissociation entre les phénomènes
psycho-physiques et celui qui les observe. Grâce à cette dissociation, un sujet
peut sentir sa jambe opérée par exemple, sous hétéro ou auto-hypnose, mais ne
pas être identifié à la douleur. Ramana Maharshi avait été opéré à la fin de sa
vie d'une tumeur osseuse au bras, sans anesthésie. Quand on lui a demandé
quelle douleur il avait, il a répondu paisiblement: « C'est comme la piqûre
d'un million de scorpions, mais c'est pour le corps, ce n'est pas pour moi ».
Jusqu'à la fin, il est resté tranquille et lumineux. Puis, quand il est mort,
les traits de son visage sont devenus marqués, exprimant une douleur intense.
C'est-à-dire que tant que la conscience était présente, la dissociation était
fonctionnelle, mais une fois qu'elle est partie, le corps a suivi son cours.
Cette dissociation entre l'observateur et l'observé (drishta et drishti) est
bien plus qu'une thérapie. Il s'agit d'une voie spirituelle en soi, la voie de
la Connaissance. ? ?
La méditation peut-elle s'adresser à des sujets pathologiques ?
Pour être clair, il vaut mieux distinguer méditation au sens ordinaire de
sadhana, celle-ci représentant une méditation soutenue, intense, avec une vie
quotidienne en harmonie avec l'idéal de la méditation. pour être accepté par un
maître spirituel et s'engager sur cette voie-là, il faut un grand équilibre de
départ, ainsi qu'une bonne capacité de maîtrise de soi (les yama-niyama du
Yoga). A ce moment-là, le pratiquant se soigne en équilibrant les courants
d'énergie (pranas). D'après la médecine Ayur-Védique, les maladies tant
physiques que psychiques viennent de déséquilibres entre les pranas. Le
pratiquant pourra faire également son auto-analyse au cours de sa méditation.
Le rôle du maître spirituel n'est pas, comme celui du psychothérapeute, de
rentrer dans le détail de l'inconscient du disciple; par contre, il peut le
mettre en situation où des tendances négatives latentes peuvent se révéler. Ce
sera alors au disciple de les analyser au fur et à mesure. Malgré tous ces
facteurs favorables, le pratiquant peut passer par des phases difficiles,
surtout si l'éveil de la Kundalini est accéléré par l'absence d'activité
sexuelle. Les méditations de concentration pratiquées intensivement peuvent
révéler des faiblesses d'observation du mental permettant un rééquilibrage
régulier de psychisme.
Après avoir abordé cette référence traditionnelle, qu'en est-il maintenant des
indications de la méditation en psychothérapie? De quelle pratique
s'agira-t-il? D'une pratique non intensive, avec de multiples possibilités de
verbalisation avec le thérapeute. La prière, la répétition du mantra peuvent
aider à stabiliser le mental et à retrouver une capacité minimum de
concentration. Par contre, les méditations d'observation ne sont pas a priori
conseillées, les patients n'ayant pas la maîtrise de l'esprit nécessaire pour
que ces techniques soient profitables. Dans l'ensemble, des méditations très
proches du corps semblent utiles pour ramener la conscience à la base du mental
et éviter de trop grandes divagations. Cependant, ces méditations risquent
d'accroître des tendances hypocondriaques.
J'ai parlé de ces questions avec le Dr Schnetzler, ex-chef de service de
psychiatrie et pratiquant de la voie tibétaine. Il a organisé pendant longtemps
des groupes de méditation avec des patients. L'indication de la méditation se
posait en fait au cas par cas; il n'y avait pas de correspondance régulière
entre tel ou tel type de méditation et de pathologie. En réalité, le vrai
problème ne se pose pas tellement en termes d'indication ou de
contre-indication, mais plutôt en termes de motivation du patient, de réussite
à trouver ou non un psychothérapeute qui ait une bonne expérience personnelle
de la méditation.
Cet article donne une idée de quelques processus en jeu dans l'expérience
méditative. Même si la méditation ne peut aider certains patients parce qu'ils
vont trop mal ou qu'ils ne sont pas motivés pour la pratiquer, elle peut aider
des thérapeutes à les aider de la façon la plus naturelle qui soit,
c'est-à-dire par un processus de conscience.
Par le Dr Jacques VIGNE
Nicolas D'Inca psychologie-meditation.blogspot.com




Commentaires
merci pour cet exposé qui
merci pour cet exposé qui donne... à méditer ! Cela m'intéresse car dans ma pratique du Reiki, je rencontre de temps à autre des personnes intéressées par une initiation qui font état d'un suivi psychiatrique (ou qui énoncent des états qui pourraient suggérer un trouble psychiatrique). C'est une question difficile pour un non professionnel, car doit-on accepter ces personnes et les accompagner? Quel dialogue peuvent-ils vraiment avoir avec leur médecin quand celui-ci ne veut rien savoir des approches méditatives, énergétiques ni même corporelles? Personnellement, pour avoir lu déjà quelques articles sur la question, je tiens déjà compte des réserves faites par les psychiatres sur les personnes atteintes de troubles de dissociation, mais c'est vrai que le sujet est compliqué et délicat.
Merci en tout cas une nouvelle fois