S'ouvrir en l'amitié
"À partir de
la question de la philia (amicalité), Aristote nous aide à nous déshabituer
d’une entente « sentimentale » de l’amitié. Nous voyons dès lors qu’il s’agit
dans la philia d’un rapport à l’autre eu égard à son être et à son excellence.
Sont ici en débat des problèmes métaphysiques centraux dans la mesure où la
philia met en jeu chez les Grecs la question de l’être. Comme nous permet de le
préciser Heidegger, le rapport entre deux êtres humains est impensable sans que
soit élucidée la question du rapport à l’être en général. L’ami est celui qui
m’octroie le libre rapport à mon être. Le plus extraordinaire tient au fait que
l’ami m’octroie quelque chose dont il n’a pas lui-même la possession. Il donne
quelque chose qu’il n’a pas. Mais c’est par lui et grâce à lui que je vais y
prendre part – prendre part à cela qui m’est propre. Telle est la splendeur de
la finitude humaine : ce qui m’est le plus propre, je n’en ai pas la
possession. Dans l’amitié, vous êtes le là de ce que vous avez à être, parce
que l’ami vous octroie votre ouverture à l’être. Quant à cet octroi, il n’est
pas possible sans la parole qui a de manière très singulière trait à l’amitié
dans son sens le plus ample. C’est pourquoi le poète s’appelle l’ami de la
maison du monde."
(S'ouvrir en l'amitié, quatrième de couverture)
Voici comment parle un vrai philosophe, de manière simple et profonde, ce qui
est le cas du jeune philosophe Hadrien France-Lanord. La difficulté du simple
réside en ceci que nous sommes peu habitués à penser avec assez de rigueur et
d'ouverture pour voir ce dont il s'agit. Le phénomène que cherche à atteindre
le philosophe est ici l'amitié en son sens le plus haut. Néanmoins, que vous
ayez ou non pratiqué les textes philosophiques n'a aucune importance si vous
êtes prêts à vous mettre à l'écoute de ce qu'ils ont à dire d'essentiel sur la
condition humaine. Quelques rares penseurs sont assez intelligents pour rendre
cela perceptible et questionner de manière neuve, personnelle, le sens de
l'existence. Hadrien France-Lanord fait partie de ce petit nombre, c'est
pourquoi je suis ravi d'annoncer ici la parution de son dernier livre, qui
donne son titre à ce post, et l'événement qui se prépare. Les pratiquants de
méditation qui suivent les enseignements laïcs de Fabrice Midal au sein de
Prajña & Philia ont la chance d'avoir entendu Hadrien donner un
enseignement sur l'amitié en 2007. Il revient sur ce thème les 18 et 19 juin prochains
à l'occasion de la parution de son ouvrage "S'ouvrir en l'amitié"
(Editions du Grand Est, 2010). En voici un court extrait :
Question : Quelle est la différence entre amour et amitié ?
De ce point de vue, il n’y a pas de différence radicale (la principale
différence réside ici à mon sens dans la dimension du souhait, dans la manière
dont est interprété l’optatif du volo dans l’amour ou dans l’amitié).
Dans l’amour comme dans l’amitié, il y a partage d’une ouvertude commune.
Je signale au passage qu’il y a une prodigieuse pensée de l’amour dans les
premières pages de la Lettre sur l’humanisme. Lisons à présent un autre
extrait de Heidegger, celui du tome 38 :
« L’amitié ne prend son essor qu’à partir de la plus haute possibilité pour
chacun qu’est cette constance à être intimement soi, ce qui, à vrai dire, est
tout à fait autre que la quête d’un je . Malgré ce qui sépare chacun des
individus eu égard à leur décision d’être soi, ici, dans l’amitié, est porté à
sa plénitude l’unisson abrité en retrait d’une harmonie, à l’aître duquel
l’être-abrité en retrait est essentiel. Cet unisson, quant au fond, est
toujours ce en quoi se rassemble le fait d’être proprement chez soi à demeure :
secret. »
Hadrien France-Lanord est agrégé de philosophie. Il enseigne en classes
préparatoires au Lycée Malherbe à Caen. Il a notamment publié : Paul Celan
et Martin Heidegger. Le sens d’un dialogue, Fayard. Heidegger à plus
forte raison (coll.), Fayard. Martin Heidegger (traduction), La
dévastation et l’attente, Gallimard.
Vous pourrez vous ouvrir à l'amitié avec le philosophe Hadrien France-Lanord lors du week-end du 18 juin 2010
Nicolas D'Inca psychologie-meditation.blogspot.com



